Le philosophe ne développe pas tous ses arguments. Pour aborder la question il faut sans doute ne pas réduire la nature à la Physique car la difficulté provient qu'il ne peut être mis tout à fait sur le même plan, l'arbre de notre jardin et son jardinier. En cela on peut dire que notre arbre donnera toujours les mêmes fruits mais on ne sait pas vraiment si un jour les hommes ne seront pas capables de violer cela et ainsi faire pousser n'importe quoi et n'importe comment. Le "n'importe" importe. Car effectivement les Anciens qui voyaient se reproduire de manière ordonnée les choses du monde ne pouvaient trouver que miraculeux cet agencement. Ils y ont mis leurs Dieux. Puis le miracle sera conçu comme ce qui viole la nature (1) en la faisant tout autant réapparaître. Enfin - parce que peut être rien n'exista jamais - la nature s'effaça. Or notre miracle quotidien consiste à reproduire la violence sans en assumer toutes les conséquences notamment sur ce que nous avons gardé en nous de l'idée de nature. Nous sommes en permanence en train de violer une nature pour vivre miraculeusement. Et ceci ne fait culture que si ce n'est plus seulement la Physique mais bien nous mêmes qui donnons les fruits.
En ce qui concerne le mariage homosexuel, il s'agit davantage d'un problème de droit que d'un problème de nature. Dès lors que nous reconnaissons l'homosexualité comme un usage toléré et admis par une communauté, l'esprit de la loi ne pourra pas interdire ou proscrire bien longtemps ce que nous sommes devenus, une culture, c'est-à-dire la nature de la nature. Les Romains (2) avaient aussi tenté de se marier entre garçons, ce qui laisse encore songeur sur ce en quoi consiste le concept de progrès. Le recours au droit naturel est davantage un questionnement sur ce que nous sommes aujourd'hui plutôt qu'un retour à une norme hypothétique de ce que nous avons été. Ainsi, la nature existe et existera toujours comme matière à partir de laquelle une forme peut lui être donnée. Il ne s'agit pas de dé-former voire de trans-former, il s'agit plutôt de voir comment l'une se relie à l'autre. Car dans la nature humaine, on peut y entendre ce que la culture - celle aussi qu'on boit trop vite et qui assèche parfois les âmes - ne permet plus toujours de sentir. Cette origine indestructible du sentiment intérieur, cette matière que l'on ne modèle plus parce qu'il n'est pas permis de la relier à une forme faute d'en accepter l'épreuve.
- (1) David Hume reprend cette idée dans Enquête sur l'entendement humain (section X - première partie).
- (2) Il est vrai que cet empereur s'appelait Néron...







