samedi 27 février 2010

Culte

Quand on examine la généalogie des quelques familles qui sont très influentes dans le département, on est frappé de constater que leur cercle est finalement assez restreint. Les mariages et les héritages se font seulement entre quelques uns avec pour souci de perpétuer quelque chose de celui qui est l'initiateur de la dynastie. Le poids des ancêtres est ainsi très présent dans ces familles et l'autorité est détenue par celui qui incarne le mieux la descendance, le tribut familial hérité d'une action que la coutume aura tôt fait de rendre mythologique. C'est ainsi que se crée un véritable culte, proche de la religion, autour du fondateur et de sa descendance. Pour que ce culte soit vivace, il faut à la fois que la croyance et la conviction se rejoignent dans un même élan.
La croyance et la conviction s'opposent sur une même chose : le doute. Celui qui croit doit toujours se battre avec le doute qui grignote sa croyance alors que le convaincu et surtout enfermé avec sa conviction. Le convaincu ne doit de se convaincre que lorsqu'il persuade à son tour. Le monde de la conviction est d'abord le monde politique alors que le monde de la croyance se débat avec l'irrationnel. Convaincre quelqu'un ce n'est pas le faire douter, c'est le convertir, le faire passer d'un état à un autre, d'une idée à une autre, sans même engager une critique mais en usant d'arguments crédibles qui transforment son opinion. Autrement dit un convaincu, une fois convaincu, devient un croyant de sa conviction. Mais un croyant sans véritable patrie, car au fond un croyant est toujours assoiffé de vérité et plus celle-ci se dérobe, plus la croyance devient la proie du doute tout en se renforçant par... la conviction et malgré le doute.
La croyance et la conviction ont ainsi un même objet, celui de posséder l'autorité ou d'en être le dépositaire. Un convaincu possède un pouvoir, celui de convaincre. Un croyant possède un autre pouvoir, celui de faire douter. Mais ces deux choses ne pourraient en faire qu'une seule quand il s'agit de maintenir l'autorité sur quelque chose. Celui qui fait autorité est celui en lequel on peut croire. Et quoi de plus proche de nous que ceux qui nous ont précédés, c'est-à-dire nos ancêtres. Ils ne peuvent nous mentir alors que souvent nous inventons pour eux des mensonges nous contentant de l'image pieuse que la mort, le temps et la distance fabriquent presque en dépit de nous. Cette vision de l'histoire les Romains l'ont pratiquée depuis que Brutus instaura la République. Héritier des Romains et beaucoup moins absorbé par cette idée de la fondation, notre monde semble aujourd'hui être à court de ces représentations par le double effet de l'avénement de la science et de la politique ou plutôt de leur échec respectif. Que croire ? Qui croire ?, ces questions rôdent et angoissent toujours dès que laissé à lui-même, l'homme ne sait plus quoi faire de lui et préfère ne plus y penser pour ne plus penser tout court.
L'ordre incontestable, immuable tel qu'il a pu un jour être défini, voilà ce qui anime le culte. La tradition a pour charge de saper toute critique ; tel qu'il en a toujours été, tel qu'il en sera demain, ces choses immuables rappellent les interrogations qu'il nous faut porter sur ce que peut bien être une hypothétique "nature humaine". Le culte entretient un rapport avec cela par le biais de la nature et plus encore de la culture. Le culte des ancêtres est ainsi une culture de ce qui doit être préservé comme la culture de la nature est un entretien de la terre. L'enjeu est de rendre habitable ce qui nous habite et de rendre nouveau ce qui fut un jour pour mieux le laisser sous la forme d'un don au temps qui héritera de nous. Tour à tour croyance et conviction maintiennent le monde comme la culture continue de l'entretenir. Celui qui fonde, et il peut être un révolutionnaire comme un père, un travailleur comme un artiste, fait son œuvre d'humanité quand il creuse un sillon pour accueillir un autre que lui et laisse un fil pendu à celui qui s'en saisira après lui. Ceci est le culte de l'étonnement, héritage propre au philosophe.

1 commentaires:

Anonyme a dit…

au debut de l' article on croirait lire du fustel de coulages la cité antique,?!