dimanche 7 février 2010

Endogène, éthique et pomme de terre

Les élus de la communauté de communes de Saint-Dizier peinent pour remplir la zone franche urbaine. Les investissements ont été réalisés pour accueillir de nouvelles entreprises dans les meilleures conditions possibles sur la nouvelle zone dite de référence. Seulement voilà, ces beaux bâtiments tout neufs sont toujours vides. A l'origine, il s'agissait d'attirer de nouvelles activités venues de l'extérieur puis le glissement s'est opéré vers les entreprises du cru qui souhaitaient s'agrandir. En effet devant les maigres résultats obtenus, Zorro vint au secours de l'élu piégé dans le filet du réel. On parle maintenant de développement "exogène" et de développement "endogène" et les élus de la ruralité sont tout contents d'avoir appris un nouveau mot.
Lors de la dernière réunion de cette codecom, c'était le "comité d'éthique" du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) qui faisait autorité sur le projet de télévision locale à Saint-Dizier. Votons les yeux fermés les 40 000 euros de subvention puisque le comité d'éthique veille... Il y a donc des mots qui rassurent puisqu'ils camouflent la réalité. Qu'ils soient de l'endogène ou de l'éthique, ces mots sont surtout des écrans pour parler de ce que l'on ne connaît pas. En effet, on s'incline volontiers devant la majesté de l'éthique ou de l'exogène. C'est que leur autorité ne peut pas se contester. Pas comme une "pomme de terre" en tout cas, ou le coût du déplacement du président de la République à Saint-Dizier qui semblait embarrasser le député-maire de Saint-Dizier quand un élu osa poser la question.
Ceux qui se disent volontiers "concrets" et "pragmatiques" sont les premiers à noyer le poisson avec des mots qu'ils ne comprennent pas. Ils sont malins lorsqu'il s'agit de se débarrasser d'une situation délicate comme le Diafoirus de Molière : "un développement endogène relève d'une éthique dont le comité pourrait cultiver des pommes de terre exogènes". La duplicité est dans le demi-savant rarement dans l'ignorant. Quant aux savants, ils sont bien rares, ils sont d'abord les premiers conscients de leur ignorance. Mais au pays du tout est bien puisque la réalité nous répète que tout va mal, il ne faut surtout rien changer et maintenir haut l'apparence du savoir, ce petit pouvoir mesquin qui ne se partage pas.